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Étudier la sexualité masculine au Maroc. Agencement du sexe et des relations sociales de l’homoérotisme masculin

28 septembre 2018
Jardin des Plantes, Grand amphithéâtre d'entomologie, 43 rue Buffon (Paris 5e), 14h-16h

Intervenant·e

Gianfranco Rebucini
EHESS
Anthropologie sociale et ethnologie

Présentation en PDF

Suivant les études de Michel Foucault, le dispositif de sexualité (Foucault 1976) s’est développé dans les sociétés occidentales à la suite d’une objectivation scientifique du corps, du genre et du désir. Ce dispositif implique toute une série d’éléments discursifs et matériels qui s’organisent pour donner forme à ce que l’on a ensuite appelé la sexualité. Le sexe devient sexualité à la faveur de changements historiques importants concernant les sociétés capitalistes du XIXe siècle. Le désir sexuel se transforme en un objet d’étude plus qu’en une activité du corps. Dans cette configuration historique, le désir homosexuel masculin, se cristallisant dans la figure de l’homosexuel, prend une signification particulière assumant une place centrale dans le dispositif, à la fois comme repoussoir et producteur d’une “ bonne ” sexualité et d’une bonne masculinité. L’importance excessive que les sciences sociales ont donné à cette perspective foucaldienne sur la généalogie de la sexualité, court le risque de laisser de côté les agencements (Deleuze, Guattari, 1980) spécifiques que l’on peut retrouver dans d’autres contextes historiques, culturels et sociaux que celui sur lesquels Foucault a construit ses analyses. Partant de mes recherches ethno-graphiques au Maroc, je voudrais montrer comment le sexe, les affects, les désirs et les pratiques érotiques entre hommes ne se rangent et ne s’organisent pas forcément selon les lignes et les processus que l’on désigne comme « homosexualité » ou identité « gaie », mais plutôt en relation et en agencement avec l’ensemble de relations sociales, de sexe, de classe, d’âge, de statut, etc. Il sera alors question de montrer comment les pratiques homoérotiques entre hommes au Maroc ne peuvent être appréhendées uniquement sous le signe de la « sexualité » mais comme des nœuds qui sont toujours en relation avec les autres aspects de la vie sociale.

Gianfranco Rebucini est docteur en anthropologie sociale et ethnologie de l’EHESS et chercheur associé au IIAC/LAIOS de l’EHESS. Ancien lauréat de la Bourse Fernand Braudel-FMSH à l’Université Brunel de Londres, il est spécialiste des études sur les masculinités et sur les sexualités entre hommes au Maroc et, plus récemment, il se consacre à une recherche concernant les politiques et mouvements queer en Europe. Il a, entre autres, publié « Masculinités hégémoniques et “sexualités“ entre hommes au Maroc » aux Cahiers d’études africaines, « Homonationalisme et impérialisme sexuel : politiques néolibérales de l’hégé-monie » dans la revue Raisons Politiques et il est un des responsables éditoriaux de l’Encyclopédie critique du genre aux Éditions La Découverte.