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La masculinisation de la langue française : histoire d’un combat difficile, inachevé et réversible

25 avril 2014
MNHN, Grand amphithéâtre d'entomologie

Intervenant·e

Eliane Viennot
(Université Jean Monnet, Saint-Étienne)
Littérature

Présentation en PDF

«Ah! ciel! une femme AUTRICE! Mais c’est le comble du délire!», s’exclame l’un des personnages de La Paysanne pervertie de Restif de la Bretonne (1784), tandis que les dictionnaires martèlent que le mot n’existe pas. Les principales intéressées renoncent donc à arborer un titre aussi mal vu – mais non à écrire! À la même époque, un critique dramatique proteste: «Ces qualifications ne sont pas approuvées, il est vrai, par l’Académie française, mais elles n’en sont pas moins bonnes et significatives; d’ailleurs l’usage les autorise: car nous disons tous les jours à Paris, une notaresse, une commissaresse, une libraresse, etc.» De fait, la «guerre des mots» ne porte pas que sur les titres. À partir du début du XVIIe siècle, bien d’autres phénomènes linguistiques ont subi des tentatives de masculinisation (accords, pronoms, genre des mots…). Source de controverses entre linguistes et de protestations des usager-es, ces tentatives ont surtout rencontré les résistances de la langue française elle-même, dont le fonctionnement naturel est le respect du genre. La présentation retracera ce long effort, qui s’insère dans l’effort plus vaste et plus ancien visant à renforcer la domination masculine. Elle abordera la question des enjeux actuels (linguistiques, politiques, idéologiques) de l'affaire.