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Le femme du peuple, une espèce différente?

27 mai 2010
Jardin des Plantes, amphithéâtre de paléontologie

Intervenant·e

Françoise Barret-Ducrocq
(Université Paris Diderot)
Historienne

Présentation en PDF

Chercher à comprendre, et non à décrire (ou à prescrire) ce que dans toutes les sociétés humaines on appelle une femme est une entreprise récente et restreinte. Dans les pays de l’ouest européen et plus spécifiquement en France et en Grande-Bretagne, on s’est bien posé cette question philosophique : «Qu’est-ce qu’une femme?». Mais cette belle interrogation, à l’évidence posée d’un extérieur masculin, dit surtout: «Comment peut-on être une femme?». A la fin du XVIIIe siècle, ce ne sont plus seulement les juristes, les prêtres, les écrivains, les artistes qui s’intéressent à « La Femme » en tant que sexe, mais de façon prépondérante et définitive, la science médicale. Elle va donner forme à une image biologique et sociale de «La Femme» absolument nouvelle qui acquerra immédiatement, en dépit des nombreux efforts pour la contester, un statut de vérité hégémonique.
Il y aura donc désormais La Femme, biologiquement définie. Et puis, déterminée par sa classe sociale, extraite de ce groupe avec lequel elle entretiendrait pourtant des caractéristiques communes, « La femme du peuple ». Pense-t- on à elle quand on évoque «La Femme»? Rien de moins sûr. Ce même vocable qui désigne prétendument « le sexe » biologique subit une métamorphose sémantique intéressante. Il cesse de servir de référentiel au même objet: ni dans sa morphologie, ni dans ses capacités physiques et psychiques, pour ne rien dire de ses sentiments moraux et sexuels, cette femme ne ressemble pas à  «La Femme». C’est cette incohérence ignorée par l’histoire que je propose de vous soumettre ici.