MARS 2026
Ce que les » mauvaises filles » font à la psychanalyse
La médecine, la psychiatrie et la psychanalyse ont produit nombre de discours savants sur les paroles, les corps, les sexualités et les comportements des femmes. Diagnostics, médicalisation, pathologisation ont servi, depuis le XIXe siècle, à les assigner à des rôles genrés et à maintenir les hiérarchies et les normes sociales. Mais toujours des « mauvaises filles » ont refusé de rentrer dans ces carcans et ont résisté aux discours stigmatisants. Pourtant ces femmes, ces « mauvaises filles » ont beaucoup à apprendre à la psychanalyse.
Écrasées sous le poids des dispositifs sociaux et des déterminismes inconscients, tant de femmes ont vu leur horizon bouché par le mariage, la maternité, le contrôle de leur corps et de leurs paroles, leur métier, l’hétérosexualité normative, le patriarcat. Si peu d’espace et, pourtant, « on » parle d’elles, sans cesse : le féminin, la féminité, la vie sexuelle de la femme, la frigidité, la prostitution, la famille, la maternité, l’épouse, la jouissance féminine, l’homosexualité féminine… autant d’expressions qui attestent d’un important développement discursif au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
Pour les savants, les médecins, les experts, les juges et les psychiatres, il y a là une « énigme » qui doit être résolue et trois grandes questions les occupent en particulier : la maternité, la sexualité, la féminité. Malades les lesbiennes, folles les prostituées, anormales celles qui refusent d’être mères, amorales les femmes qui avortent, déséquilibrées les jeunes filles libres. Elles sont toutes hystériques, mélancoliques, psychotiques, perverses.
Mais que font ces femmes de ce que l’on a fait d’elles, de ce que l’on a dit d’elles ? Elles racontent des histoires différentes. Elles écrivent et parlent de leur liberté. Elles arrachent les camisoles et, ensemble, se soulèvent.
Publications de Laurie Laufer sur le thème :
- Les Héroïnes de la modernité. Mauvaises filles et psychanalyse matérialiste, Paris, La Découverte, 2025, 281 p.
- Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion, Paris, La Découverte, 2022, 248 p.
- « Du rire à la joie : psychanalyse, féminisme et politique », Cahiers du genre, 68, 2020/1, p. 191-218.
- « La libération sexuelle n’a pas eu lieu » (avec Sandra Boehringer), in Sandra Boehringer (dir.), Laurie Laufer (dir.), Après Les Aveux de la chair. Généalogie du sujet chez Michel Foucault, Paris, EPEL, 2020, p. 7-19.
L’enregistrement du séminaire sera accessible sur le site de l’IEC le plus rapidement possible
Responsables : Evelyne Peyre, Joëlle Wiels, Armel Nayt, Frédérique Pigeyre, Anne-Françoise Bender